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Harold

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Harold

Lorsque la lanterne s'éteignit, la noirceur ne fut néanmoins pas compléte. Une lueur

persistait et des ombres dansaient sur les murs de pierre. Harold pouvait parfaitement

bien distinguer les chiens errants aux dents acérées qui vagabondaient dans les ruelles,

les brigands mal intentionnés et les escrocs inquiétants qui le guettaient du coin de l'oeil.

II n'osait regarder directement en leur direction de peur qu'ils ne s'énervent sous ses

yeux et ne l'attaquent. Égrainer le petit chapelet de bois fabriqué par son pére, il y a

longtemps, ne l'aidait guere surmonter son affolement. II fit tout de méme quelques

tentatives pour se détendre et tenta de contröler sa respiration haletante en inspirant

profondément, mais silencieusement. II se faisait tout petit, trés discret.

Sonner Brittany pourrait passer pour de la mauvaise volonté ou Pire, pour de l'im-

maturité. Jamais Harold n'accepterait cette humiliation, méme en situation d'extréme

danger. Pas å son äge! Par plusieurs claquements de langue et pincements de lévres

assurés, mais prudents, Harold tentait de faire venir Edward la place. Malheureusement

pour lui, ce dernier avait déjå rejoint Morphée depuis belle lurette. Harold se trouvait

vraiment seul. II maudissait cet endroit plus que jamais. Pourquoi se trouvait-il ici au

moment précis oü l'horreur se déroulait devant lui ?

Les craquements du bois sec qui meurt dans l'åtre alimentaient davantage son esprit.

Le bruit s'apparentait å des pas feutrés sur un vieux plancher. Harold tentait de repousser

ses délires, tous plus morbides les uns que les autres. De plus, il entendait une sorte

de cliquetis sourd et régulier, mais ne pouvait pas en identifier la provenance. Peut-étre

s'agissait-il d'un escroc venu subtiliser les oeuvres d'art ou d'un cambrioleur armé,

entré å son insu, attiré par la joaillerie somptueuse. Méme si ceux-ci ne lui appartenaient

pas, Harold en connaissait parfaitement la valeur. Depuis toujours, ils étaient le sujet de

conversation favori dans les événements mondains et les célébrations fastueuses.

Soudain, malgré son duvet luxueux, Harold fut parcouru de frissons. II se rappelait

une dépéche datant de quelques années qui relatait l'histoire d'un vieil immigrant bul-

gare sans abri et affamé qui s'était caché dans le grenier d'un manoir cossu voisin du leur,

et y avait vécu l'insu de ses propriétaires pendant plus d'un an. L'histoire avait effrayé

toute la ville et avait méme été entendue dans des contrées lointaines. Cet homme avait

été arrété, emprisonné, puis relåché quelque temps plus tard pour conduite exemplaire

et sous serment de ne plus jamais embéter les habitants. Le malfaiteur, qui au fond était

sans malice, mais toujours sans logis, récidivait peut-étre aujourd'hui ?

Prenant son courage deux mains ainsi que son bäton de crosse, Harold envisagea

de descendre. II souhaitait ardemment y aller, accompagné de Marcus, afin de se donner

du courage. Malgré son handicap peu commun — il n'avait qu'un oeil —, Marcus s'était

depuis longtemps montré disponible pour Harold dans les bons moments comme dans

les épreuves. Cette situation exigeait sa présence, et Harold prit sa main trapue dans Ia

sienne. Finalement, il jugeait préférable de surprendre ses assailants plutöt que d'étre

attaqué par surprise.

Leur périple s'annonqait ardu et dangereux. Harold se remémorait le trajet afin de ne

pas commettre d'erreurs, ce qui l'enverrait directement dans les griffes de son agresseur.

Sur la pointe des pieds, Harold tentait de ne pas trébucher ni faire de bruit. II sentait

son coeur battre dans ses tempes. Heureusement qu'il connaissait par coeur les alentours.

Quatorze marches étroites. Une longue rampe å sa gauche. Tout en bas, un long corri-

dor, puis trois petits pas, avant d'atteindre une grande porte de bois, fermée par un vieux

loquet métallique. Harold hésita. II avait réussi å atteindre l'étage inférieur sans que rien

ne se produise. Peut-étre était-il plus prudent de s'enfuir en courant par la porte princi-

pale plutöt que d'attaquer l'inconnu. Mais le froid de canard qui sévissait l'extérieur

depuis trois jours risquait de les achever, Marcus et lui. II aurait fallu penser å prendre des

bottes, des moufles et un paletot. Trop tard. II devait affronter son destin. II ressentit å

ce moment précis un mélange d'effroi et de bravoure.

Harold poussa délicatement le loquet de métal, tout en tenant fermement son båton

de crosse d'une main et Marcus de l'autre, prét å tout. II ouvrit méme tres grand la bou-

che afin de hurler si c'était nécessaire.

Lorsqu'il poussa la porte, le grincement aigu le fit sursauter et la lumiére vive des

dizaines de candélabres l'aveugla. Son coeur se remit battre tout rompre et Harold crut

sa derniére heure arrivée. Ses pensées s'entrechoquaient. II ne comprit pas tout de suite

ce qui se passait. II transpirait et pensa s'évanouir. Lentement, son sang se figea dans ses

veines; Harold fut pris de vertiges. II réalisa d'un seul coup ce qui était en train de se

produire.

Une assemblée de convives, joyeuse, mais surprise, cessa la joute de bridge et se mit å

rire gorge déployée pendant qu'Harold, écarlate et déconfit, fondait de honte !

Pitanje 1
1.

Décris le lieu où se déroule l'histoire. (1 mot)

Pitanje 2
2.

D'où proviennent les chiens, les brigands et les escrocs? (1 mot)

Pitanje 3
3.

Donne un indice qui permet de situer cette histoire dans une époque précise?

Pitanje 4
4.

Qui est Britanny? (1 mot)

Pitanje 5
5.

Vrai ou faux? On peut affirmer qu'Edward est un animal.

Pitanje 6
6.

Pourquoi Edward ne vient-il pas rejoindre Harold? (2 mots, pas de majuscule)

Pitanje 7
7.

D'où provient le cliquetis sourd et régulier? (1 mot)

Pitanje 8
8.

Qu'est-ce qu'une dépêche?

Pitanje 9
9.

Vrai ou faux? On peut affirmer que Marcus est un animal.

Pitanje 10
10.

Nomme l'émotion principale vécue par Harold tout au long de ce récit. (1 mot)